
Partcours
Dakar 2025

COMPIL
Cette exposition s’inscrit dans un travail que je mène autour de la mémoire des corps et des mouvements collectifs qui traversent l’espace urbain et social.
Je travaille sur la mémoire des corps.
Sur ces silhouettes qui passent, s’effacent, s’impriment puis reviennent — comme si chaque mouvement laissait une trace presque imperceptible, mais pourtant persistante.
Dans mes œuvres, la foule n’est jamais immobile. Elle est flux, respiration, rumeur : un ensemble de présences à la fois fragiles et tenaces.
Chaque matin, sur mon trajet, j’observe ces lignes humaines marcher, inlassablement. Des corps qui avancent vers quelque chose — pour gagner leur pain, peut-être pour atteindre un autre but, peut-être simplement pour entrer dans le jour. Elles marchent comme un fleuve, une énergie qui traverse la ville sans jamais s’arrêter. Le soir, le même courant revient, chargé de fatigue, de lenteur, de silence. Le mouvement persiste, mais il devient plus lourd, plus dense, comme un souffle qui descend.
Au fil des heures, la foule s’étire, se disperse, se reforme. Elle apparaît partout : tout au long du jour, au crépuscule, et parfois même au cœur de la nuit. À la plage, autour des pirogues qui reviennent ou repartent vers l’horizon. Au marché, entre les étalages serrés, dans le bruit des voix et des transactions.
On y croise des couples timides qui se frôlent sans se tenir, des enfants qui rient et courent, des bébés noués au dos de leur mère, bercés par la marche. Des vendeuses de cacahuètes avancent avec grâce — un enfant au dos, un autre à la main, un sac porté haut sur la tête — puis s’arrêtent d’un geste sûr pour vendre, discuter, reprendre souffle. Sous ma fenêtre, on porte, on vend, on achète, on joue aux cartes. Et près d’un arbre à palabre, on s’arrête pour penser, observer, être ensemble.
Ces silhouettes deviennent traces, regards, murmures. Elles racontent le Sénégal non par leurs mots, mais par leur mouvement, leur insistance, leur manière d’habiter collectivement l’espace. J’essaie, dans mon travail, de saisir cette respiration partagée, cette présence continue. Chaque corps devient mémoire, passage, vibration.
Ce flux humain nourrit mes œuvres.
Un mouvement qui s’efface, se répète, se transforme — comme la vie elle-même.